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Le système eau-éthanol, moteur du goût du gin

Serpentin en cuivre d'un alambic couvert de condensation, avec vapeur

Quatrième volet de notre série « La grammaire de la baie de genièvre ».

Un malentendu tenace entoure le gin : l'idée qu'une molécule présente dans la baie se retrouve mécaniquement dans le verre. Entre la baie et le distillat, un système trie. Le comprendre explique pourquoi deux gins faits avec les mêmes botaniques racontent deux histoires différentes.

À la Distillerie de Paris, nous appelons ce système par son nom : le couple eau-éthanol.

Deux solvants qui travaillent ensemble

Le système extractif d'une distillation de gin est le mélange eau-éthanol, et chacun des deux y joue un rôle distinct.

L'eau mouille la matière, gonfle certains tissus, extrait les constituants polaires, produit la vapeur et participe à l'entraînement de composés hydrophobes. L'éthanol abaisse la polarité globale du mélange, augmente la compatibilité avec les huiles essentielles, met en solution des molécules qui fuient l'eau, et maintient davantage d'huile dissoute dans le distillat concentré.

Le degré de charge décrit l'état de départ de ce système. Pendant la distillation, l'éthanol quitte préférentiellement la chaudière : le liquide résiduel s'appauvrit en alcool et s'enrichit en eau. Le solvant que rencontrent les botaniques immergées change donc en permanence, du début à la fin de la chauffe. Le degré initial fixe le point de départ d'une trajectoire qui évolue ensuite tout au long de l'opération.

Solubilité et volatilité

Deux propriétés commandent le tri, souvent confondues.

La solubilité mesure la quantité que la phase liquide peut retenir. La volatilité mesure la facilité avec laquelle la molécule rejoint la phase gazeuse. Ces deux propriétés évoluent parfois en sens opposé, ce qui explique une grande partie du caractère d'un gin.

Prenons deux molécules emblématiques. L'alpha-pinène, cœur piné du genièvre, est très peu soluble dans l'eau et très volatil : il rejoint l'air avec une grande facilité. Le linalol, note florale et fraîche, se montre beaucoup plus compatible avec l'eau et bien moins volatil. L'écart est spectaculaire : dans des conditions comparables, le linalol est environ 640 fois plus soluble dans l'eau que l'alpha-pinène, et l'alpha-pinène présente une pression de vapeur environ 30 fois supérieure.

Traduit en volumes, cent litres d'eau retiennent à peine un quart de gramme d'alpha-pinène dissous, contre près de 159 grammes de linalol. Ces deux molécules se comportent de façon presque opposée face au même solvant.

L'effet dans le verre

La conséquence distillatoire est directe. L'alpha-pinène, peu dissous dans une phase devenue très aqueuse, se laisse malgré tout entraîner efficacement par la vapeur : il sort tôt et en force. Le linalol, mieux retenu par le liquide, sort de façon plus étalée et plus progressive.

La présence d'une molécule dans la baie annonce peu de chose sur sa présence finale dans le gin. Son comportement dans le système décide du résultat. La macération rend les composés disponibles dans le liquide, puis la distillation en transfère une partie dans la vapeur. Le goût final naît de l'enchaînement de ces deux tris.

Ces chiffres décrivent des molécules pures. La matière végétale ajoute ses propres contraintes : ouverture des tissus, diffusion, phase huileuse, adsorption, temps, température. La baie se comporte comme une structure qui libère ses composés selon ses propres règles.

Cette lecture guide nos choix de distillation. Pour TONIK comme pour le Gin de Paris, nous nous demandons comment ce système va trier les botaniques, et à quel moment. Décider du degré de charge, du moment de la macération, du rythme de la chauffe revient à décider comment l'eau et l'alcool vont composer le gin sous notre direction.

Le distillateur pilote un système qui sélectionne les arômes.


Dans le prochain volet : l'art des coupes. La distillation avance en une succession de fractions, le choix entre immersion et infusion vapeur dessine le profil, et le distillateur édite le flux.

Sources : données physico-chimiques de l'alpha-pinène et du linalol (PubMed Central, OCDE). Travaux de recherche de la Distillerie de Paris sur la baie de genièvre.

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